Monde Amazigh
Rapport annuel 2002/2952
jeudi 24 février 2005 par Réseau Amazigh
Préambule
La société internationale a eu pour habitude de fêter chaque année les grands pas réalisés par celle–ci dans les domaines des Droits Humains et les Droits des peuples à vivre dans la plénitude de leurs acquis historiques et civilisationnels.
Cette année 2002 a été pour nous ainsi que pour l'ensemble des organisations de défense du Droit à l'identité ; incarnant par la même l'approche globale de défense des Droits linguistiques et culturels, une escale d'évaluation et d'appréhension de l'ensemble des actes et faits en faveur de notre légitime cause. C'est une occasion également pour méditer et divulguer les différentes atteintes et aberrations à l'encontre de notre mouvement en général et de notre organisation en particulier.
Ainsi, le cinquante quatrième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits Humains 1948/ 2002 ; marquent l'importance particulière accordée par la société internationale aux Droits inaliénables à l'Identité, au droit des peuples à disposer d'eux mêmes, au droit à l'éducation et à l'enseignement de la langue maternelle, au droit à la propriété intellectuelle, etc. L'importance de l'ensemble de ces Droits est acquise à partir du mouvement juridique pour la spécification et la précision de leurs contenus et de leurs sens, et ce, à travers la troisième génération des Droits Humains qui a pris en revers la généralité et la globalité des deux pactes de 1966 sur les droits économiques sociaux et culturels (articles 13 et 15) et sur les droits civiques et politiques (article 27). La concrétisation de cette démarche a été initiée par l'adoption de la Déclaration de Mexico en 1982 sur les politiques culturelles.
De ce fait, les différentes options qui bâtissent leur légitimité juridique sur la base de la suprématie d'un peuple à cause de ses origines nationales, raciales ou religieuses, se sont désillusionnées face à ces nouvelles lectures et approches qui prônent entre autres le droit des peuples opprimés à être protégés contre tout génocide, qu'il soit racial, culturel ou linguistique.
Partant de toutes ces considérations, le Réseau Amazigh Pour la Citoyenneté appréhende la question des droits linguistiques et culturels Amazighes, ainsi que le droit à l'Identité du peuple Amazighe ; en se définissant à partir de sa lutte et sa participation active en premier lieu au sein du Mouvement Amazigh ; noyau associatif pacifique militant pour la reconnaissance de l'Amazighité dans toutes ses dimensions ; et en deuxième lieu au sein du mouvement Onusien pour la reconnaissance des droits des peuples.
Ainsi, nous constatons amèrement, en tant que peuple Amazigh marocain faisant partie du peuple Amazigh qui habite Tamazgha (Nord de l'Afrique), que les politiques menées envers notre culture et notre civilisation millénaire par l'ensemble des Etats de l'Afrique du Nord laissent encore à désirer et font preuve d'absence de bonne volonté en vue de l'adoption d'une approche démocratique plurielle et respectant les droits humains tels qu'ils sont universellement reconnus. La déclaration adoptée par l'assemblée générale des Nations Unies à Mexico à propos des politiques culturelles a précisé le sens empirique de la culture comme étant l'ensemble des aspects spirituels, matériels, intellectuels et sentimentaux qui caractérisent une société ou un groupe social proprement dit. Cet ensemble comprend également les arts, les littératures, les modes de vie ainsi que les droits fondamentaux pour l'être humain. Cette approche intègre aussi les valeurs, les traditions et les croyances.
Ainsi, nous constatons que les appréhensions réductrices adoptées par le gouvernement marocain envers la culture et la langue Amazighe, durant ces quarante six dernières années. Et qui continuent malheureusement même avec le soi-disant gouvernement d'alternance et la dernière déclaration du nouveau gouvernement (2002-2007) ; sont sans aucun doute l'expression d'une politique adaptée et en parfaite symbiose avec le socle idéologique et le référentiel méthodologique du gouvernement marocain qui a comme soubassement une langue unique, une religion unique, une culture unique et par définition une Identité unique. De ce fait l'approche empirique, universelle, ouverte et plurielle qui aboutirait à une démocratie culturelle au sein d'une logique des droits humains tels qu'ils sont universellement reconnus, laquelle approche, fut éloignée de la constitution et des textes du droit. Elle fut également absente des institutions de l'état telles que l'école primaire, l'université, les tribunaux, les télévisions publiques, l'administration.
L'année 2002 a été comme ses précédentes un signe de continuité dans l'aberration et la transgression des droits culturels et linguistiques des Imazighens au Maroc. La continuité s'est manifestée à tous les niveaux, ainsi, on constate encore que le phénomène de détérioration des acquis civilisationnels Amazighs est incroyablement accélérée à cause de l'arabisation.
Le mouvement associatif Amazigh n'a pas été quant à lui épargné. En effet ce dernier a été victime des exactions de la part des autorités administratives par la discrimination linguistique et culturelle.
Depuis que les peuples ont pris conscience de la nécessaire égalité des chances entre les composantes diverses d'une même société, l'acquis le plus important était la reconnaissance de la suprématie des grandes valeurs universelles des droits humains. De là découle le principe fédérateur du développement pour tous et par tous. Mais, le problème qui se pose c'est que bon nombre de pays ne respectent pas le droit inaliénable d'une partie de la population à vivre dans la plénitude de ses droits culturels, linguistiques et identitaires.
Le peuple Amazigh marocain, qui constitue le n½ud social et culturel du Maroc, a été jusqu'à présent victime de politiques anti-démocratiques menées par un Etat-Nation fondé autour du dogme de l'Arabo-islamisme. La revendication de l'aspect pluriel de notre patrimoine civilisationnel a toujours été confrontée à une approche demeurée raciste et rejetant, au second degré, tout ce qui est Amazigh.
La culture Amazighe étant l'ensemble des aspects spirituels, matériels, intellectuels et sentimentaux caractérisant notre peuple, intègre également l'art, la littérature, les modes de vie, les droits fondamentaux, les valeurs, les traditions et les croyances. Cette entité sine qua none pour notre existence se trouve chaque jour, et à chaque occasion, victime d'aspects ségrégationnistes et réducteurs. Ainsi, et durant ces quarante six années ; le référentiel idéologique de l'Etat ne dessinait comme horizon qu'une langue unique, une religion unique, une culture unique et par définition une identité unique. Ce qui met en situation de conflit et de déséquilibre les aspects objectivement pluriels de notre identité nationale. De ce fait, les implications directes de ce déséquilibre apparaissent directement sur le plan de la définition juridique et politique de la vie publique.
L'Etat marocain n'a pas encore exécuté ses engagements envers les propriétaires des terrains qui ont été expropriés/violés sans être indemnisés. Citant comme exemple les terrains agricoles transformés en Lotissements à Agadir et à Dcheira.
Les violations qui ont touché la population de Tamlast en février 2002 par les autorités d'Agadir (90 membres des forces d'interventions) puisque la population a protesté contre l'abatage de 12.379 arbres d'Arganiers afin d'ériguer la plus grande décharge publique par la Communauté Urbaine d'Agadir.
La poursuite judiciaire de onze membres de l'association Akal Aksimne D'Imesguine (Dossier criminel n° 257/2002 les articles de poursuite 263 et 300-301 du Code Pénal Marocain devant le tribunal de Première Instance d'Agadir). La constitution, ainsi que les autres textes du droit, ignore totalement la valeur historique et symbolique de notre Langue et Culture Amazighes plusieurs fois millénaires. Ce qui explique l'absence du volet Amazigh dans toutes les institutions publiques telles que l'école primaire, l'université, les tribunaux, les chaînes de télévisions publiques, l'administration territoriale. De cause à effet, l'accentuation de l'arabisation a généré un phénomène sans précédent d'assimilation ; ce qui grève lourdement la viabilité de l'écosystème culturel et linguistique qui a prévalu au Maroc depuis des millénaires. La domination de l'espace public par l'Arabe, langue officielle, crée des situations préjudiciables pour la majorité des Imazighnes, ce qui contribue à l'amplification de ce sentiment d'infériorité vis à vis de la langue de l'institution.
Le fait que Tamazight soit mise en dehors du Droit, cloisonnée dans l'Espace privée, et présentée, à tort, comme instrument qui bloquerait le développement de notre pays, nous mène à la conclusion que nous sommes face à une pure ségrégation culturelle.
Pire encore, l'esprit assimilationniste des décideurs publics, a imposé, que les enfants imazighens soient nommés conformément à "l'authenticité arabo-musulmane" (l'interdiction de nommer le nom amazigh « Idir » à Casablanca, « Numidia » Akhmiss de Dadess et à Casablanca , « Siman » à Tagadiret et à Paris par le consulat marocain). Suite à cet unique fait, un enfant Amazigh n'a pas le droit de porter un nom Amazigh/Africain, ce qui est contre tous les principes des droits humains tels qu'ils sont universellement reconnus.
Ces enfants imazighns, une fois à l'école, se trouvent encore une fois en déphasage complet par rapport aux connaissances apprises directement de leur milieu culturel. Par conséquent, ils ne se reconnaissent plus dans un système éducatif qui désoriente toutes leurs connaissances acquises au bout des sept premières années d'apprentissage ayant comme support de communication leur langue maternelle.
Le constat fut encore aggravé à l'occasion de n'importe quelle "réforme". Le statut de la langue Tamazight est de plus en plus détérioré par rapport à la langue arabe dite sacrée et officielle. La charte de réforme de l'enseignement adoptée par le parlement marocain de la période 1997-2002 a pourtant clairement soutenu le fait de lancer un (enseignement de Tamazight) mais à l'intérêt de la langue arabe et pour mieux apprendre et comprendre les acquis de (la civilisation arabe) ce qui perpétue par conséquent la situation de langue supérieure et langue inférieure.
Cet état de fait bafoue tous les droits du peuple marocain qui aspire à voir sa langue maternelle à l'école bénéficier du même statut que la langue arabe sans discrimination aucune.
Cette situation est carrément encouragée par le silence de la majorité des parties politique et quelques composantes de la société civile marocaine face au grand étonnement des associations Amazighes.
Partant de cette situation de ségrégation culturelle que vivent les Imazighns (Homme Libres) les principales revendications de notre ONG visent l'instauration d'une démocratie pluridimensionnelle où cohabiteraient, en paix, toutes les composantes historiques de notre identité.
Au niveau des mass- médias :
La politique actuelle fait que la majorité du peuple marocain n'a pas droit de recevoir les émissions avec sa langue maternelle, ce qui déconnecte le système d'information public par rapport à la réalité marocaine. Le peu d'ouverture constaté depuis quelques années emprisonne encore la langue tamazight dans un quart d'heure fractionné de manière caricaturale entre trois dialectes, ceci au moment où les heures d'ondes en arabe et en français dépassent les douze heures. Les promesses faites par le ministre de l'information en faveur de tamazight sont contrariées par la situation lamentable dont souffrent les journalistes de la section (absence de département) amazighe au sein de la Radio Télévision Marocaine. Elles sont également contrariées par l'absence de département spécialisé en tamazight au sein de l'Institut Supérieur de Journalisme, ce qui explique la médiocrité de la production en Tamazight à la RTM.
Au niveau de la langue et de la culture amazighes.
Malgré l'engagement de l'ancien ministre de la culture qui consiste à concrétiser l'Institut Supérieur des Etudes Amazighes, le fait culturel amazigh souffre encore de la marginalisation. Les productions écrites en Tamazight ne reçoivent aucun soutien financier et restent loin d'être généralisées sur l'ensemble des bibliothèques et centres de recherche et instituts publics.
La dernière exaction à l'encontre de la culture amazighe est constituée par l'octroi de bourses aux troupes théâtrales d'expression arabes alors que le théâtre amazigh n'a rien perçu à fin de l'encourager et de le promouvoir.
Au niveau de l'enseignement :
La politique poursuivie par les gouvernements depuis quarante six ans reste axée sur le renforcement de l'arabisation des programmes scolaires au total déphasage avec la réalité de la société marocaine. Les conséquences graves de cet état de fait se répercutent négativement sur le rendement de l'école marocaine, et font que les enfants des imazighens ne se reconnaissent plus au sein d'un système éducatif qui désoriente toutes les connaissances acquises au bout des sept années d'apprentissage auprès des parents ayant comme support communicationnel la langue maternelle ; c'est à dire Tamazight.
En effet, de commission en commission, l'enseignement public cherche encore ses repères à même de le mettre sur les rails du développement et du progrès. Cette situation de marginalisation d'un élément si important et si consistant dans l'histoire millénaire de notre pays encombre de plus en plus l'identité Amazighe et concrétise cet état de déséquilibre où la majorité des marocains ne bénéficient pas de leurs droits culturels, linguistiques et identitaires.
Ainsi, le Réseau Amazigh pour la Citoyenneté déclare à l'opinion nationale et internationale sa dénonciation de la politique du silence avec laquelle le gouvernement ; la majorité des partis politiques et une partie de la société civile traitent le dossier des droits des peuples. La discrimination avec laquelle ces partis traitent les pactes, les déclarations et les projets de chartes émanant des Nations Unies manifeste clairement la mauvaise volonté de ceux–ci et leur prédisposition à transgresser les bases de la démocratie linguistique et culturelle.
Le Réseau Amazigh pour la Citoyenneté n'a pas cessé de contacter les différents départements ministériels à ce sujet et a même demandé au gouvernement marocain de déclarer le 12 janvier de chaque année journée nationale fériée. (Premier jour de l'année amazighe).
Le Bureau exécutif du Réseau Amazigh pour la Citoyenneté, tout en fêtant le cinquante quatrième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits Humains, et en constatant amèrement l'état dans lequel continue de vivre la culture et la langue Amazighes, lance un appel à toutes les forces vives de la société et à tous les démocrates et à tous les militants des Droits Humains d'intervenir et d'axer leurs efforts à fin que soient levées l'injustice et l'aberration dont souffrent la culture, la langue et la civilisation Amazighes.
De ce fait notre réseau revendique :
La reconnaissance officielle de Tamazight (identité, langue et droits) dans la constitution marocaine. Par la proclamation d'une constitution démocratique, du point de vue du contenu et de la procédure d'établissement, en tant que prélude à la construction d'un Etat de Droit, et ce avant même l'engagement du pays dans n'importe quelle autre opération politique. Cette constitution devrait consacrer le Tamazight en tant que langue nationale officielle, instituer en pratique une séparation des pouvoirs, et conférer au peuple sa pleine souveraineté et son pouvoir d'autodétermination politique, économique et culturelle.
L'approbation par le gouvernement du protocole lié à la convention des droits civils et politiques Onusiens et du 12 janvier comme journée nationale fériée. L'octroi de moyens didactiques et matériels à fin que la dimension Amazighe puisse atteindre et influencer tous les niveaux de la vie quotidienne des citoyens marocains.
Rejetons le Dahir en vigueur concernant l'Institut Royal de la Culture Amazighe et demandons sa révision afin d'assurer à cet institut la pleine capacité de prise de décisions et de leur mise en application ainsi que sa pleine autonomie administrative et financière.
La réalisation de l'enseignement de la langue Tamazight aux écoles. La levée de la discrimination dont souffre Tamazight à la RTM et à 2M par la reconnaissance du droit des Imazighens à bénéficier de ce service public en leur langue maternelle.
Le respect du droit des groupes et des individus à s'organiser dans des structures légales pour défendre leur identité, ainsi que la cessation des excès de pouvoir par le respect des libertés publiques.
Nous demandons l'abolition de toutes les lois colonialistes servant de base à la spoliation des propriétés, à l'exploitation minière, forestière et halieutique (l'Etat marocain n'a pas encore exécuté ses engagements envers les propriétaires des terrains qui ont été expropriés/violés sans les indemniser. Citons comme exemple les terrains agricoles transformés en Lotissements à Agadir et à Dcheira.)
Indemniser la population de Tamlast qui a été touchée en février 2002 par les autorités d'Agadir (90 membres des forces d'interventions) puisque la population a protesté contre l'abatage de 12.379 arbres d'Arganiers afin d'ériguer la plus grande décharge publique par la Communauté Urbaine d'Agadir.
Rejeter La poursuite judiciaire de onze membres de l'association Akal Aksimne D'Imesguine (Dossier criminel n° 257/2002 les articles de poursuite 263 et 300-301 du Code Pénal Marocain devant le tribunal de Première Instance d'Agadir).
L'instauration d'un système éducatif laïc, avant-gardiste et gratuit, intégrant le Tamazight dans tous les cycles de l'enseignement et pour tous les marocains.
Le respect de l'identité marocaine dans le cadre d'un régime fédéral renforçant les spécificités régionales.
Le respect des libertés fondamentales individuelles et collectives et refusons toutes les lois restrictives en la matière (Presse, Grève, création d'associations et de partis, Travail).